#Culturecheznous : un roman de Victor Hugo en 180 secondes

#Culturecheznous : un roman de Victor Hugo en 180 secondes

Une envie de voyage et d’évasion ? Rien de plus efficace que la lecture pour pousser les murs et franchir les confins de l’imagination. L’oeuvre de Victor Hugo est si riche qu’elle peut remplir de nombreuses journées confinées. Les Misérables, avec ses 1300 pages, en est un bon exemple ! Ce classique de la littérature française est le plus célèbre, mais Victor Hugo a révélé les trésors de son inventivité dans d’autres romans peut-être moins connus, qu’il a écrit à l’aube et au crépuscule de sa vie. Pour vous donner envie de (re)lire ces romans, voici en plusieurs épisodes un aperçu de ces histoires… non terminées, pour ne pas divulgacher la fin ! Des Antilles aux fjords norvégiens, en passant par les brumes londoniennes et les rivages des îles anglo-normandes, plongez dans l’univers hugolien… en 3 minutes chrono !

#2 – Han d’Islande : une virée en Norvège

Ne vous vous fiez pas au titre : ce roman n’a pas lieu en Islande, mais en Norvège, à Drontheim plus précisément, sur la côte centre ouest. A la fois roman d’amour et roman noir, le lecteur peut se perdre dans les mille et une péripéties de cette histoire rocambolesque aux multiples rebondissements !
Ne vous fiez toujours pas au titre : le héros ne s’appelle pas Han mais Ordener Guldenlew. Ce valeureux jeune homme de 23 ans est le fils du vice-roi de Norvège. Il aime la jeune et belle Ethel, fille du proscrit Schumacker, ancien grand-chancelier tombé en disgrâce et emprisonné à perpétuité. Schumacker est soupçonné de conspirer contre le roi et de préparer une insurrection de mineurs, qui veulent s’affranchir de la tutelle royale et revendiquer leurs droits.
Pour innocenter le père de sa bien-aimé, Ordener part à la quête d’une cassette en fer contenant des lettres compromettantes pour ses ennemis. Cette cassette est semble-t-il aux mains d’un terrifiant bandit qui répand l’horreur et l’effroi dans les montagnes du Nord, Han d’Islande. Tuer, violer, piller, incendier, boire du sang dans un crâne humain sont ses loisirs préférés, qu’il partage avec son ours blanc Friend. Cet homme sauvage est d’autant plus dangereux qu’il veut venger la mort de son fils Gill en assassinant tous les soldats du pays. Le combat entre le jeune homme intrépide et le monstre sanguinaire est féroce, mais vain. Ordener ne récupère pas la cassette et après moults péripéties, il se retrouve dans le camp des insurgés, pris en embuscade par l’armée royale. Emprisonné pour trahison, Ordener accomplit son dernier acte héroïque… le roman se terminera-t-il sur une fin heureuse ?
Han d’Islande est le deuxième roman de Victor Hugo. Il l’écrit en 1821, à 19 ans. Il vit à ce moment une période amoureuse difficile. Son amour pour Adèle est contrarié par leurs familles, qui ne voit pas leur union d’un bon œil. On reconnaît sans trop de difficulté le jeune Victor derrière le courageux Ordener, et la belle Ethel, c’est Adèle bien sûr ! Adèle qui deviendra son épouse et la mère de ses cinq enfants.

Jules Adeline, Han d’Islande sur son ours, vers 1882-1883, CC0 Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey

Chapitre 29, rencontre entre Ordener et Han d’Islande : Le jeune homme, livré à ses rêveries, s’appuya machinalement sur cet autel, dont la bouche de pierre était brunie, tant elle avait bu profondément le sang des victimes humaines. Tout à coup il tressaillit ; une voix, qui semblait sortir de la pierre, avait frappé son oreille :
– Jeune homme, c’est avec des pieds qui touchent au sépulcre que tu es venu dans ce lieu.
Il se leva brusquement, et sa main se jeta sur son sabre, tandis qu’un écho, faible comme la voix d’un mort, répétait distinctement dans les profondeurs de la grotte :
– Jeune homme, c’est avec des pieds qui touchent au sépulcre que tu es venu dans ce lieu.
En ce moment, une tête effroyable se leva de l’autre côté de l’autel druidique, avec des cheveux rouges et un rire atroce.
– Jeune homme, répéta-t-elle, oui, tu es venu dans ce lieu avec des pieds qui touchent au sépulcre.
– Et avec une main qui touche une épée, répondit le jeune homme sans s’émouvoir.
Le monstre sortit entièrement de dessous l’autel, et montra ses membres trapus et nerveux, ses vêtements sauvages et sanglants, ses mains crochues et sa lourde hache de pierre.
– C’est moi, dit-il avec un grondement de bête fauve.
– C’est moi, répondit Ordener.
– Je t’attendais.
– Je faisais plus, repartit l’intrépide jeune homme, je te cherchais.
Le brigand croisa les bras.
– Sais-tu qui je suis ?
– Oui.
– Et tu n’as point de peur ?
– Je n’en ai plus.

– Tu as donc éprouvé une crainte en venant ici ?
Et le monstre balançait sa tête d’un air triomphant.
– Celle de ne pas te rencontrer.
– Tu me braves, et tes pas viennent de trébucher contre des cadavres humains !
–  Demain, peut-être, ils trébucheront contre le tien.