#Culturecheznous : un roman de Victor Hugo en 180 secondes

#Culturecheznous : un roman de Victor Hugo en 180 secondes

Une envie de voyage et d’évasion ? Rien de plus efficace que la lecture pour pousser les murs et franchir les confins de l’imagination. L’oeuvre de Victor Hugo est si riche qu’elle peut remplir de nombreuses journées confinées. Les Misérables, avec ses 1300 pages, en est un bon exemple ! Ce classique de la littérature française est le plus célèbre, mais Victor Hugo a révélé les trésors de son inventivité dans d’autres romans peut-être moins connus, qu’il a écrit à l’aube et au crépuscule de sa vie. Pour vous donner envie de (re)lire ces romans, voici en plusieurs épisodes un aperçu de ces histoires… non terminées, pour ne pas divulgacher la fin ! Des Antilles aux fjords norvégiens, en passant par les brumes londoniennes et les rivages des îles anglo-normandes, plongez dans l’univers hugolien… en 3 minutes chrono !

#1 – Bug-Jargal : une excursion aux Antilles

Bug-Jargal est le premier roman de Victor Hugo. Il l’écrit en 1818, à 16 ans, suite à un pari avec des amis. Le défi ? Écrire un roman en 15 jours ! Chiche ! Par la suite, Victor Hugo le remaniera et le publiera en 1826. Bug-Jargal est un roman historique.
L’histoire se passe en 1791, pendant la Révolution française, sur l’île de Saint-Domingue, actuelle Haïti, et à l’époque colonie française. Victor Hugo a choisi comme toile de fond de son premier roman un évènement important dans la lutte contre l’esclavage : la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue contre la cruauté de leurs maîtres blancs et pour leur liberté, et qui aboutira en 1804 à l’indépendance de cette île. Victor Hugo n’est pas historien, et il se sert de la Grande Histoire pour inventer la sienne : une histoire d’amour et d’amitié, dont les héros et les tyrans ne se définissent pas par leur couleur de peau.
Qu’est-ce que ce mot « Bug-Jargal » ? C’est le nom du chef des esclaves rebelles, fils d’un roi d’Afrique vendu avec sa famille à des colons français pour exploiter la canne à sucre aux Antilles.
Le narrateur de l’histoire est le capitaine Léopold d’Averney, qui se souvient de cet événement qui a bouleversé sa vie. En 1791, il a 20 ans, et son mariage imminent avec sa cousine Marie le met en joie. Un rival pourtant, assombri son bonheur : un esclave noir nommé Pierrot courtise Marie. Mais lorsque Pierrot sauve Léopold de l’attaque d’un crocodile, ils deviennent amis.
Le soir des noces de Léopold et Marie, la rébellion des esclaves éclate, ils brûlent les plantations et massacrent les colons. Léopold assiste impuissant à l’enlèvement de Marie par Pierrot, et il se croit trahi. Lors d’un combat contre les esclaves insurgés, Léopold est fait prisonnier par le cruel chef noir Biassou. Il assiste à l’exécution de colons mais il est libéré par Pierrot, qui le conduit vers Marie, qu’il a sauvé, et non enlevé. Léopold comprend alors que Pierrot a sacrifié son amour au nom de leur amitié, et il découvre que Pierrot est en réalité le célèbre Bug-Jargal. D’autres péripéties viennent souligner l’honneur et la loyauté des deux hommes. Mais l’histoire se termine mal…
Dès son premier roman, le jeune Victor Hugo choisit un sujet qui montre son engagement pour la défense des opprimés et contre les préjugés.

Henry Duff Linton, La lutte au bord de l’abîme, 1864, illustration du périodique « Les Bons Romans », CC0 Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey

Chapitre 39 : Quand les événements extraordinaires, les angoisses et les catastrophes viennent fondre tout à coup au milieu d’une vie heureuse et délicieusement uniforme, ces émotions inattendues, ces coups du sort, interrompent brusquement le sommeil de l’âme, qui se reposait dans la monotonie de la prospérité. Cependant le malheur qui arrive de cette manière ne semble pas un réveil, mais seulement un songe. Pour celui qui a toujours été heureux, le désespoir commence par la stupeur. L’adversité imprévue ressemble à la torpille ; elle secoue, mais engourdit ; et l’effrayante lumière qu’elle jette soudainement devant nos yeux n’est point le jour. Les hommes, les choses, les faits, passent alors devant nous avec une physionomie en quelque sorte fantastique ; et se meuvent comme dans un rêve. Tout est changé dans l’horizon de notre vie, atmosphère et perspective ; mais il s’écoule un long temps avant que nos yeux aient perdu cette sorte d’image lumineuse du bonheur passé qui les suit, et, s’interposant sans cesse entre eux et le sombre présent, en change la couleur et donne je ne sais quoi de faux à la réalité. Alors tout ce qui est nous paraît impossible et absurde ; nous croyons à peine à notre propre existence, parce que, ne retrouvant rien autour de nous de ce qui composait notre être, nous ne comprenons pas comment tout cela aurait disparu sans nous entraîner, et pourquoi de notre vie il ne serait resté que nous. Si cette position violente de l’âme se prolonge, elle dérange l’équilibre de la pensée et devient folie, état peut-être heureux, dans lequel la vie n’est plus pour l’infortuné qu’une vision, dont il est lui-même le fantôme.